Quant à l’évaluation du fonds de commerce d’une officine
Publié le 21 août 2023

Chaque année, Interfimo, l’organisme partenaire et financier de référence des professionnels libéraux, fait le point sur le chiffre d’affaires, la rentabilité et le prix de cession des pharmacies d’officine. À ce titre, l’année 2022 a été, comme la précédente, exceptionnelle, même s’il convient de ne pas oublier que les chiffres d’affaires de ces deux années ont été dopés par la crise sanitaire.  Un point de vigilance à prendre en compte lors d’un projet d’acquisition en plus des principes classiques d’évaluation des fonds de commerce, comme nous le rappelle Blandine PISANESCHI, responsable de l’évaluation et de la formation externe chez Interfimo.

 

Comment procède-t-on à l’évaluation du fonds de commerce d’une officine ?

 

« Chez Interfimo, comme pour tous les fonds des libéraux, nous évaluons le fonds de commerce d’une officine en croisant plusieurs méthodes. Nous utilisons tout d’abord une méthode classique, comparative (la méthode des multiples), par laquelle nous allons chercher à savoir combien se vendent les autres officines. Pour cela, nous allons chercher différentes données sur le marché qui permettent de fixer un prix de cession en pourcentage du chiffre d’affaires hors taxes ou en multiple de l’excédent brut d’exploitation (EBE). Nous employons ensuite une deuxième méthode qui, elle, consiste à s’intéresser à la capacité d’endettement. Concrètement, nous analysons les flux de trésorerie qui sont dégagés par une officine, lesquels sont supposés être consacrés au remboursement d’un emprunt bancaire. Le prix de cession de l’officine est donc fonction du prix d’acquisition que l’emprunteur est en mesure de rembourser ».

 

Quels sont les éléments qui, aujourd’hui, impactent fortement le prix de cession ?

 

« Depuis quelques années, le principal facteur différenciant en matière de cession est la taille de l’officine. Plus une officine est grande, en termes de chiffre d’affaires, plus elle vaut chère. C’est pourquoi nous avons fait évoluer notre étude sur les prix de cession qui, désormais, prend en compte deux marchés bien distincts : celui des petites officines, qui sont de moins en moins nombreuses, et celui des grandes officines, c’est-à-dire celles qui enregistrent un chiffre d’affaires de plus de 1,2 M€. Aujourd’hui, notre étude porte essentiellement sur ces grandes officines ».

 

Justement, quels sont les principaux résultats de votre étude ?

 

« Comme 2021, l’année 2022 peut être qualifiée d’exceptionnelle car le chiffre d’affaires et la rentabilité des officines se sont améliorés. En effet, malgré la crise énergétique, l’inflation, les difficultés d’approvisionnement et de recrutement, les prix de cession ont progressé. En 2022, le prix de cession moyen des officines (celles qui dégagent plus de 1,2 M€ de chiffre d’affaires) s’élevait à 87 % du chiffre d’affaires, soit une hausse de quatre points par rapport à 2021. Un chiffre qui a atteint 92 % du chiffre d’affaires pour les grandes officines (chiffre d’affaires de plus de 2,4 M€). Le prix de cession des officines, exprimé en multiple de l’EBE, a lui aussi progressé. Ainsi, les officines qui enregistrent un chiffre d’affaires de plus de 1,2 M€ se négocient, en moyenne, à 6,7 fois l’EBE ».

 

Quels sont les points de vigilance à observer lors de l’acquisition d’une officine ?

 

« La première chose à faire est de s’assurer de la pérennité du chiffre d’affaires généré par l’officine. Ainsi, il convient d’analyser le poids du chiffre d’affaires issu des activités liées à la lutte contre le Covid-19, car ces activités ne sont pas récurrentes. De la même manière, il faut bien connaître la répartition des activités et des ventes de l’officine, en particulier le poids des médicaments chers et très chers qui dégagent peu de marge et qui, eux aussi, ne sont pas forcément récurrents. En outre, il faut être vigilant quant au chiffre d’affaires issu des contrats que l’officine a conclus avec des Ehpad, car ces contrats ne sont pas nécessairement renouvelés. Et il ne faut pas négliger les difficultés rencontrées par l’officine en termes de recrutement de personnel dans la mesure où celles-ci peuvent mettre en péril le développement de l’officine et notamment la mise en place de nouvelles activités. S’agissant plus particulièrement des nouvelles activités, il faut s’assurer que l’officine possède bien les mètres carrés nécessaires à leur mise en œuvre, car ces activités sont génératrices de chiffre d’affaires et de rentabilité ».

 

« Prix de cession des pharmacies 2022 », Interfimo

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